mercredi 2 juillet 2008

Lettres à l'absente - (Ingrid Bétancourt libérée)


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Fès, 31 octobre



Faire semblant. Semblant de bien aller, de vivre comme les autres, ou comme l'année passée. Même quand on enrage de dire certains soirs qu'on ne pense qu'à sa fille, ou d'avouer enfin la douleur qu'on aurait tant besoin d'exorciser.


On se doit toujours de répondre "Bien" à la question "Comment vas-tu ?". Répliquer "Pas si bien que ça", c'est déjà un aveu de faiblesse. On est là pour donner, ou pour vendre, du rêve à ceux qui nous regardent. Ils nous veulent sans souci. Quand nous ne sourions pas, on nous écrit, on nous interpelle dans la rue. On cherche le dessous des choses. On l'aimerait public, professionnel, en relation avec une disgrâce, un jugement politique. Le dessous des choses est rarement là où le croient ceux qui nous observent derrière leur miroir sans tain.


Sourire donc. Face à la caméra, avec ses amis, ses collaborateurs. Leur donner du coeur à l'ouvrage. Tous ne vont pas bien non plus. Les drames qu'ils couvent sont parfois plus tragiques, moins égoïstes que cette petite douleur qui me fait du bien quand je la cajole en écrivant ces lignes.


"Comment vas-tu ? - Mal." Le questionneur poursuit son chemin. Il s'arrête pourtant, interloqué. A-t-il vraiment entendu "Mal" ? Et que dire à quelqu'un qui se permet de tout déranger en répondant "Mal" ? La bouche reste donc entrouverte. Rien de plus ne sera échangé. Mais ça suffit comme ça. Pour une fois, on n'aura pas fait semblant.


Patrick Poivre d'Arvor

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ouahhh PPDA remonte dans mon estime, c'est une lettre magnifique ! =) Il retranscrit très bien mes pensées là ! ^^